Je suis Mme Rozo, habitante de Lamballe et mère d'un fils qui est devenu handicapé moteur à cause d'une tumeur au cerveau. Frédéric est tombé malade à 27 ans. Pendant 10 ans, son état de santé s'est aggravé, malgré les traitements. Il en est mort. Pendant cette année de souffrance et de combats, Frédéric a tenu à profiter du reste de sa mobilité pour tenir une vie presque normale, c'est-à-dire pouvoir aller à la rencontre de ses amis, des commerçants, des lamballais...
La vie sociale pour un handicapé - comme pour tout être humain, donne du sens à son existence. Malgré son manque de mobilité, tout en sachant que sa mort allait arriver, Frédéric a tenu à jouer son rôle jusqu'au bout. Mon combat, aujourd'hui, est de responsabiliser les élus municipaux de Lamballe, sur la difficulté que peuvent avoir les handicapés moteurs à circuler en ville et donc à tenir une relation humaine avec le centre-ville de Lamballe.
De nombreux efforts ont été faits pour faciliter l'accès aux lieux publics, mais certaines choses sont à revoir, disons même, à faire. Même si la bibliothèque, la mairie, le cinéma, la salle municipale ont un accès adapté, les trottoirs du centre ville ne permettent pas à un fauteuil roulant de les emprunter et encore moins de rentrer dans les commerces.
Malgré la difficulté, et face à la nécessité d'avoir une vie sociale, Frédéric a dû utiliser des voies inadaptées, ce qui l'a mis en danger plusieurs fois. Utiliser la route, c'est prendre le risque de croiser les voitures et rouler sur des trottoirs trop hauts ou étroits, c'est prendre le risque de renverser son fauteuil.
Une prise en charge financière existe, et permet aux familles d'améliorer le quotidien des handicapés; notamment pour l'achat d'un fauteuil. Mais de nombreux frais ne sont pas pris en compte comme les travaux d'aménagement de la salle de bains par exemple. L'isolement et l'état de santé des malades les obligent à demander de l'aide à leurs proches pour faire les démarches administratives et de prise en charge. Les handicapés sans famille ne peuvent donc pas s'en sortir seuls.
Le manque d'infirmière (à Lamballe aussi !), nous a contraints à nous débrouiller seul. Je regrette que la municipalité de Lamballe n'ait pas réquisitionné une infirmière. Elle en avait pourtant le pouvoir.
Lors des derniers jours de la vie de Frédéric, à l'hôpital de Lamballe, l'équipe médicale a été d'un grand réconfort pour nous -même et pour Frédérique en l'accompagnant dans ses derniers instants. Nous les remercions pour tous leurs efforts.
Propos de Mme Rozo Yvette recueillis par Julien DENIZOT |